billet yens (Crédits: Adobe Stock)
Une brève envolée du yen lundi a ravivé les spéculations quant à une nouvelle intervention du Japon pour tenter de soutenir sa monnaie, fortement affaiblie, même si les analystes estiment que la pression sur la devise devrait persister.
Le yen stagne depuis plusieurs semaines à des niveaux proches de ses plus bas historiques en termes réels, une situation inquiétant les responsables japonais, qui soulignent que sa faiblesse alimente l'inflation et pèse sur le coût de la vie.
Ces avertissements semblent s'être traduits par des mesures concrètes la semaine dernière, des sources ayant déclaré à Reuters que les autorités avaient acheté des yens pour contrer sa dépréciation, ce qui a déjà provoqué un rebond soudain de 3% jeudi dernier.
Les données du marché monétaire font état d'achats d'une valeur d'environ 35 milliards de dollars.
L'intervention de lundi a été plus modérée et a fait passer brièvement le yen d'environ 157,2 pour un dollar à un peu moins de 156, avant qu'il ne revienne rapidement à 157 JPY= vers 10h05.
Les marchés ont interprété cette remontée comme un avertissement adressé aux spéculateurs qui pariaient contre la monnaie, mais son rapide recul montre à quel point il sera difficile pour les autorités d'enrayer des années de déclin uniquement par des interventions.
Le ministère japonais des Finances n'était pas en mesure de commenter immédiatement les fluctuations du marché lorsque Reuters l'a contacté, ce lundi étant un jour férié au Japon.
"La récente évolution du taux de change dollar/yen pourrait refléter soit une intervention modérée et ciblée des autorités, soit simplement des fluctuations du marché amplifiées par la faible liquidité liée à la Golden Week", a déclaré Masahiko Loo, stratège chez State Street Investment Management.
"Quoi qu'il en soit, l'objectif semble être de maintenir les marchés en alerte plutôt que de déployer toute la puissance de feu disponible", a-t-il ajouté, soulignant que cette intervention ne servait qu'à gagner du temps et que des hausses des taux d'intérêt étaient nécessaires pour redresser véritablement la situation.
POSITIONS COURTES
Le yen est sous pression depuis des années, d'abord en raison des taux d'intérêt extrêmement bas au Japon, puis à cause des craintes liées à l'augmentation de la dette et des dépenses et, depuis deux mois, en raison de la vulnérabilité de l'économie japonaise face à la crise mondiale du pétrole.
Les spéculateurs ont misé gros sur cette faiblesse.
Les positions courtes nettes sur le yen ont atteint la semaine dernière leur plus haut niveau depuis près de deux ans, selon les dernières données de la CFTC, les baissiers ayant été encouragés par la décision de la Banque du Japon (BoJ) de maintenir ses taux d'intérêt inchangés lors de sa réunion d'avril.
Il faudra attendre la fin de la semaine, lors de la prochaine publication des chiffres, pour savoir si ces positions ont été réduites ou si les investisseurs profitent d'un yen légèrement plus fort pour ouvrir de nouvelles positions.
"Je pense que de nombreux investisseurs verront cela comme une aubaine", a déclaré Ian Samson, gestionnaire de portefeuille multi-actifs chez Fidelity International, qui détenait jusqu'en janvier une position courte sur le yen, mais qui est actuellement neutre sur la devise.
"Maintenant que ces positions (courtes) ont probablement été liquidées et qu'il y a de la marge pour que le yen s'affaiblisse à nouveau... il semble fort probable que les investisseurs saisissent cette occasion pour parier à nouveau contre le yen et relancer les opérations de carry trade sur le yen", dit-il.
Le "carry trade" est une stratégie consistant à emprunter des yens à un taux d'intérêt très bas pour investir dans des actifs offrant des rendements plus élevés.
La spéculation pourrait également entraîner de nouvelles réactions de la part du Japon. Le courtier Barclays a souligné que, d'après l'expérience passée, les positions baissières persistantes donnent généralement lieu à des interventions successives.
Les analystes estiment toutefois que les récentes mesures prises par Tokyo ne sont guère de nature à modifier les perspectives générales.
"L'intervention n'affecte pas notre vision baissière à moyen terme sur le yen", ont déclaré les analystes de JPMorgan dans une note pour leurs clients, qui tablent sur un taux de change dollar/yen à 164 à la fin de l'année.
(Reportage Rae Wee, Ankur Banerjee et Gregor Stuart Hunter à Singapour, et de Vidya Ranganathan à Londres ; version française Diana Mandia, édité par Sophie Louet)

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